Vers une Caisse Locale Alimentaire en Sud Lozère : une expérimentation solidaire en construction

Permettre à tous les habitants d’accéder à une alimentation saine, choisie, locale et respectueuse de l’environnement : c’est l’ambition du projet de Caisse Locale Alimentaire (CLA) actuellement en réflexion en Sud Lozère. Depuis plus d’un an, de nombreux acteurs du territoire travaillent à la mise en place de ce dispositif innovant, inspiré du modèle de la Sécurité sociale.
Le projet est porté par le PETR Sud Lozère, dans le cadre du Projet Alimentaire Territorial, en partenariat avec le Contrat Local de Santé Gorges Causses Cévennes et plusieurs associations locales. L’objectif est clair : répondre à la fois aux enjeux de précarité alimentaire, de santé publique, de préservation de l’environnement et de soutien à l’économie agricole locale.
« Ce projet est né de nombreuses concertations avec les acteurs du territoire : associations, producteurs, habitants », explique Louise Daunizeau, animatrice du Projet Alimentaire Territorial Sud Lozère. « Beaucoup avaient entendu parler de la Sécurité sociale de l’alimentation au niveau national et souhaitaient expérimenter quelque chose ici. »
Un diagnostic de territoire a également mis en lumière des constats préoccupants : près d’un quart des habitants du Sud Lozère vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les problématiques de santé liées à l’alimentation – diabète, surpoids, obésité – sont en augmentation. « L’alimentation est à la croisée de nombreux enjeux : précarité, santé, environnement, mais aussi économie locale », souligne-t-elle.
Un fonctionnement inspiré de la Sécurité sociale
La Caisse Locale Alimentaire reposerait sur trois piliers fondamentaux. D’abord, l’universalité : tout le monde y aurait droit. Ensuite, un système de cotisation, adapté aux moyens de chacun. « Certains cotiseront plus, d’autres moins, selon des critères à définir collectivement », précise Louise Daunizeau. Enfin, un conventionnement démocratique, assuré par un comité citoyen, permettrait de choisir les producteurs, commerces ou épiceries partenaires, selon des critères sociaux, environnementaux et agricoles.
Concrètement, la caisse pourrait prendre la forme d’une “carte alimentaire”, créditée chaque mois d’un montant identique pour tous. Si le projet national évoque 150 euros par mois, certaines expérimentations locales démarrent plutôt à 50 ou 100 euros. Cette somme servirait exclusivement à l’achat de produits conventionnés, choisis collectivement.
Un projet citoyen et solidaire
Au-delà de l’accès à une alimentation de qualité, la démarche se veut profondément solidaire. « Aujourd’hui, l’aide alimentaire repose souvent sur la charité, avec une alimentation peu choisie, rarement locale ou de qualité », explique l’animatrice. « La caisse permettrait de sortir de cette logique et d’aller vers une vraie solidarité, où chacun peut choisir ce qu’il mange. »
Des expérimentations similaires menées ailleurs en France montrent des effets positifs : amélioration de la santé, regain de dignité, renforcement du lien social. « Certaines personnes témoignent même du plaisir de pouvoir inviter à nouveau des proches à manger chez elles », ajoute Louise Daunizeau.
Pour associer pleinement les habitants, une réunion publique est organisée samedi 7 février, de 10h à 12h30, à l’amphithéâtre de l’Institut Agro de Florac. Elle permettra de présenter le projet, d’échanger sur ses principes – cotisation, gouvernance, conventionnement – et de constituer un groupe de citoyens volontaires pour co-construire la Caisse Locale Alimentaire sur les six prochains mois.
Une initiative encore en réflexion, mais qui pourrait bien devenir un outil majeur de solidarité et de transition alimentaire en Sud Lozère.
Pour s’inscrire pour la journée de samedi:
