À Mende, les Assises de la construction face à une conjoncture incertaine

La Fédération française du bâtiment de la Lozère a organisé à Mende la troisième édition des Assises de la construction. Un rendez-vous qui intervient dans un climat jugé « complexe » par les professionnels du secteur. Si les carnets de commandes restent globalement remplis, les inquiétudes se multiplient à moyen terme.
« On réunit toute la filière autour d’une table avec les pouvoirs publics et les élus pour parler de la conjoncture, des difficultés actuelles, mais aussi de ce qui fonctionne », explique Sébastien Mourgues, président de la fédération départementale. L’objectif : établir une feuille de route commune pour continuer à construire malgré « peu de visibilité devant nous ».
Des carnets remplis… mais une rentabilité sous pression
Dans l’immédiat, les entreprises lozériennes du BTP tiennent bon. « Il y a un carnet de commandes », souligne le président. Mais il nuance : « Commande ne veut pas dire rentabilité. »
La hausse du coût des matériaux et l’accumulation de normes environnementales pèsent sur les marges. Certains secteurs enregistrent déjà un déficit de rentabilité, sur fond de baisse d’activité.
Autre point de vigilance : les marchés publics. À l’approche des élections municipales, un « trou d’air » est redouté dans la commande communale. Si certaines collectivités ont anticipé en lançant des appels d’offres, la profession craint un ralentissement dans les prochains mois.
Zéro artificialisation : un coup d’arrêt pour le foncier ?
Parmi les sujets sensibles figure la loi sur la zéro artificialisation nette des sols (ZAN). Selon la fédération, les premières remontées locales sont « catastrophiques » pour le secteur. Des hectares de terrains constructibles seraient en passe d’être perdus, ce qui annonce une baisse des permis de construire dans les années à venir.
« Nous ne voulons pas construire sur des terres agricoles », insiste Sébastien Mourgues. Mais il estime que la loi devrait être adaptée aux réalités locales : « On ne peut pas comparer la Lozère aux banlieues des métropoles. »
Dans un département rural où l’habitat individuel reste privilégié, la raréfaction du foncier fait grimper les prix. Résultat : les primo-accédants peinent à devenir propriétaires, freinés par le coût du neuf et la remontée des taux bancaires.
Recrutement : un déficit de jeunesse
À ces contraintes s’ajoute la difficulté à recruter. Dans un département à la population vieillissante, les entreprises manquent de main-d’œuvre, parfois même sans exigence de qualification. « Bien souvent, un départ à la retraite n’est pas remplacé », constate le président.
Si le secteur met en avant des salaires attractifs et des avantages sociaux compétitifs, il souffre d’un manque d’attractivité et d’une forte volatilité des salariés.
Malgré tout, la fédération veut retenir les signaux positifs : l’image du territoire attire de nouveaux habitants et la demande de logements reste forte. « Le moindre logement se loue très bien », observe Sébastien Mourgues.
À l’approche des municipales, la FFB entend interpeller les futurs maires avec une quarantaine de propositions pour « lever les freins » à la construction et soutenir la dynamique locale.
