Deux gypaètes barbus s’envolent pour la première fois sur l’Aigoual

Le 13 mai, deux jeunes gypaètes barbus ont été libérés au Roc du Salidou, dans le Parc national des Cévennes. Une première dans le massif de l’Aigoual, qui marque une nouvelle étape dans le programme européen de réintroduction de cette espèce emblématique.
Valat et Viatge, nouveaux habitants des falaises de Dourbies
Ils s’appellent Valat et Viatge — des noms choisis par le public à l’issue d’un concours ayant réuni 604 participants. Ces deux gypaètons, une femelle de 93 jours et un mâle de 91 jours, originaires respectivement d’un centre d’élevage spécialisé en Autriche et du zoo d’Ostrava en République Tchèque, ont été déposés sur une vire rocheuse protégée dans les falaises du Roc du Salidou, sur la commune de Dourbies. Un site appartenant au Conseil départemental du Gard, classé en espace naturel sensible, et qui accueille pour la première fois de jeunes gypaètes barbus.
Avant leur installation, les oiseaux ont été bagués, équipés de balises GPS et leurs plumes partiellement décolorées pour faciliter leur identification à distance. Pendant encore un mois environ, une phase d’acclimatation et de nourrissage sera nécessaire avant leur envol. Une équipe de surveillance veille sur eux quotidiennement.
Un site choisi pour son isolement et sa topographie
Le Roc du Salidou ne doit rien au hasard. Ses 69 hectares de milieux rocheux, difficiles d’accès, en font un terrain idéal pour les grands rapaces. Sa localisation présente également un avantage stratégique : suffisamment éloigné des deux sites historiques de réintroduction — les gorges de la Jonte en Lozère et les gorges du Trévezel en Aveyron —, il permettra de limiter les interactions négatives parfois observées entre oiseaux subadultes et jeunes gypaètons. Des travaux d’aménagement ont été réalisés en amont, et une ligne électrique à proximité a été enfouie par Enedis.
Treize ans de programme, et l’espoir d’une première naissance
La réintroduction du gypaète barbu dans les Grands Causses a débuté en 2012, grâce à un partenariat entre la LPO, le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses. Depuis, 45 jeunes oiseaux ont été libérés dans la région, dans le cadre des programmes européens Life GypConnect et Gyp’ACT. Un second lâcher est d’ailleurs prévu le mois prochain sur ce même site de l’Aigoual.
Mais la véritable attente est ailleurs : après une première tentative de reproduction infructueuse cet hiver, l’espoir de voir naître un gypaète en milieu naturel dans les Grands Causses n’a jamais semblé aussi proche. La présence de représentantes de la Commission européenne lors du lâcher témoigne de l’importance accordée à ce programme de conservation à l’échelle du continent.
Ludovic Terol
[crédit photo: O.PROHIN-PNC]
