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« Ne jamais lâcher » : en Lozère, Aloès aide les nouveaux arrivants à trouver leur place

À l’occasion de la semaine d’intégration des primo-arrivants, l’association d’insertion Aloès-ESL nous ouvre ses portes. Elle accompagne depuis plus de trente ans celles et ceux qui cherchent un emploi, et de plus en plus de personnes venues d’ailleurs. Deux parcours en témoignent.

Un CDI et un métier, vingt ans après

Jeanne a 42 ans. Elle est aujourd’hui aide-soignante de nuit dans une association du secteur médico-social. Quand elle pousse la porte d’Aloès, il y a presque vingt ans, elle ne sait pas quel métier faire. « Je suis très fière de ce parcours, confie-t-elle. C’est grâce à Aloès que j’ai connu le monde professionnel en France. »

Elle enchaîne les missions : ménage chez des particuliers, vente, restaurant inter-administratif. Cette dernière mission débouche sur son premier CDI. Elle découvre ensuite le secteur médical grâce à l’intérim. « J’ai eu le déclic. » Elle passe un CAP, puis un Bac Pro « services à la personne », puis le diplôme d’aide-soignante.

Solène D’espinay, directrice d’Aloès, se souvient de leur première rencontre : « Elle est arrivée avec un grand sourire, en disant : j’ai envie de travailler, mais je ne sais pas ce que je sais faire. » Des années plus tard, elle l’a retrouvée « rayonnante ». « Elle est venue à Aloès pour avoir de l’aide, et aujourd’hui c’est elle qui apporte de l’aide dans son métier. »

« Toujours redemander »

Le chemin n’a rien eu de linéaire. « Il y a pas mal de pleurs, de découragements, et il ne faut jamais lâcher », rappelle Jeanne. Son conseil aux nouveaux arrivants est simple : « Tout le mois, tu peux ne rien avoir, mais reviens toujours poser la question : est-ce qu’il y a une mission pour moi ? Ça montre qu’on a la volonté. »

Alysson, colombienne : « j’avance petit à petit »

Alysson, originaire de Colombie, est arrivée en France en 2023 pour rejoindre son mari. Elle ne parlait pas français. « Pour moi, c’est très compliqué. » Elle travaille d’abord dans un hôtel, puis par Aloès. « Aloès m’a beaucoup aidée, à tous les moments. Pour apprendre à travailler dans d’autres choses, pour la mobilité aussi. »

Elle a suivi ZEST, une formation de cinq semaines qui prépare au travail auprès de personnes en situation de handicap. Aloès l’a aussi aidée à s’inscrire au code de la route, indispensable quand on vit à La Canourgue sans savoir conduire. Elle travaille aujourd’hui à la lingerie d’une maison d’accueil spécialisée (MAS), où un CDI est en vue après le code.

Le parcours de Jeanne lui sert de repère. « Il y a des moments où je me dis : non, je ne peux pas, je suis fatiguée. Mais si je regarde une personne comme elle, je me dis : si, il y a possibilité de continuer. »

39 nationalités en 2025

Ces parcours reflètent une évolution profonde. « En 2025, on a fait travailler 39 nationalités différentes », indique Solène D’espinay. En dix ans, la structure a dû adapter ses méthodes : cours de français à visée professionnelle avec le CIDFF, travail sur le code de la route, documents de travail sur mesure, collaboration avec la préfecture sur les statuts et les conditions réglementaires. Il faut aussi expliquer « la culture du travail en France, qui n’est pas la même que dans chaque pays ».

ZEST est né de ce constat. « On s’est dit : il y a plein d’autres gens qui veulent aller dans ce secteur-là et qui n’y arrivent pas. » Sa première session comptait cinq nationalités pour treize personnes, ce qui a enrichi les échanges sur la façon dont on accompagne le handicap selon les pays.

Une structure née en 1991

Fondée en 1991, Aloès est d’abord une association intermédiaire qui propose des missions ponctuelles ou régulières aux particuliers, associations, collectivités et entreprises. ESL, entreprise de travail temporaire d’insertion, a suivi en 1997 pour des missions plus longues en entreprise. Aloès’SAP, entreprise d’insertion spécialisée dans les espaces verts, a été créée en 2019. Chaque salarié bénéficie d’un contrat de travail et d’un accompagnement socioprofessionnel.

Le fil conducteur, selon la directrice, est l’envie : « Il y a eu des doutes, des moments de questionnement : est-ce que je vais y arriver ? Mais l’envie est un moteur excellent qui permet d’ouvrir plein de portes. » Et quand la structure ne convient pas, l’objectif reste « de ne laisser personne au bord du chemin », en orientant vers des partenaires.

Ludovic Terol

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