À la MECS La Providence, la bande dessinée comme passerelle vers la confiance et l’inclusion

À la Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) La Providence à Mende, les crayons et les bulles de bande dessinée sont devenus bien plus que de simples outils créatifs. Grâce à l’association lozérienne ENIMIE BD et au soutien de la Fondation Orange, les jeunes accueillis participent à un projet artistique et éducatif ambitieux : « Apprendre autrement avec la BD et le numérique ».
Mercredi après-midi, dans une salle animée par les rires et les échanges, sept enfants âgés de 6 à 11 ans découvrent l’univers de la bande dessinée à travers un jeu de piste imaginé par l’association. Objectif : retrouver une mystérieuse caisse de BD égarée par un petit personnage nommé Toupinas.
« On n’est pas là pour lire ou dessiner tout de suite, explique Philippe Cogoluègnes, président d’ENIMIE BD. On est d’abord là pour manipuler les BD. C’est une approche ludique. Ensuite, si on sent que les enfants ont envie d’aller plus loin, on passe à la création. »
L’enjeu dépasse largement l’activité récréative. Le projet s’inscrit dans l’appel à projets national de la Fondation Orange, intitulé « Apprendre autrement ». « On est en train d’apprendre, mais autrement », résume Philippe Cogoluègnes. La BD devient un support d’expression, de valorisation et de lien social.
Créer des souvenirs et ouvrir des horizons
Pour Laure Boulot, éducatrice de jeunes enfants à la MECS La Providence depuis dix ans, ces ateliers sont précieux. « Ça leur permet de passer un moment ensemble, avec moins de chamailleries. Ils se parlent, se montrent leurs dessins, il y a plus d’échanges. On crée des souvenirs communs. »
Le dessin est déjà un support pédagogique régulier au sein de la structure. Chaque enfant dispose d’un « cahier de vie » retraçant son parcours, illustré de photos et de créations. « Ils y mettent leurs vécus, leurs émotions. C’est un travail à double niveau : nous leur montrons des techniques, et eux nous racontent quelque chose d’eux-mêmes. »
Au-delà de l’expression artistique, ces ateliers font aussi entrer « un peu de l’extérieur à l’intérieur de la MECS », souligne l’éducatrice. Une ouverture essentielle pour ces jeunes accueillis tout au long de l’année et scolarisés dans les établissements de la ville.
Un projet d’inclusion entre Nîmes et Mende
Porté depuis plusieurs années à Nîmes auprès d’adolescents de la MECS Paul Rabaut, le projet s’étend désormais à Mende. À Nîmes, les jeunes ont déjà réalisé plusieurs livrets de BD et travaillent actuellement à la création d’un guide touristique illustré de leur ville.
« L’idée est de créer une passerelle entre les deux MECS, explique Sylvie Meslin-Saint-Jean, représentante de la Fondation Orange en Occitanie. Ces jeunes, parfois sortis du circuit scolaire, ont des histoires de vie compliquées. La BD leur permet de s’approprier leur histoire et de retrouver une forme d’implication. »
La Fondation Orange soutient financièrement l’initiative à hauteur de 15 000 euros par an depuis plusieurs années. Un engagement salué par l’association, dans un contexte où les financements publics se raréfient.
Les productions des jeunes seront valorisées lors du festival « Bulles de Burle » à Sainte-Enimie en juin 2026, où ils pourront présenter leurs œuvres, rencontrer des auteurs et participer à des émissions de radio.
« C’était trop bien »
Du côté des enfants, l’enthousiasme est immédiat. « C’était trop bien ! » lance une jeune participante, sourire aux lèvres. « On a fait des petites activités pour retrouver la boîte, et on apprend à dessiner. »
À travers le jeu, l’imagination et la création, ces jeunes trouvent un espace d’expression où leurs histoires prennent forme, case après case.
