Une bergère de Millet s’invite au musée du Gévaudan

Dès le 28 mars et jusqu’au 30 août, le musée du Gévaudan de Mende accueille un chef-d’œuvre habituellement conservé dans les réserves du musée d’Orsay. Un prêt rare, qui s’inscrit dans une opération nationale autour du thème du travail.
Elle tricote, les yeux baissés sur ses mains. Derrière elle, son troupeau de moutons, son chien qui veille, et la lumière dorée d’une fin d’après-midi dans la plaine de Chailly, aux environs de Fontainebleau. Bergère avec son troupeau, huile sur toile de Jean-François Millet réalisée vers 1863, est une œuvre d’une sérénité presque intemporelle. Et c’est à Mende qu’elle pourra être admirée à compté de ce week-end.
Un prêt exceptionnel venu d’Orsay
Le tableau fait partie des collections du musée d’Orsay, mais il n’est pas accroché dans son parcours permanent. Il vit en réserves, d’où il ressort ponctuellement pour voyager. Au revers de la toile, des dizaines d’étiquettes témoignent de ses périples : États-Unis, Japon, Italie… Ce séjour lozérien s’inscrit dans la deuxième édition de l’opération nationale « 100 œuvres qui racontent… », que le musée d’Orsay déploie chaque année dans une vingtaine de musées à travers la France. Cette année, le thème retenu est le travail. Difficile de trouver œuvre plus juste : Millet a passé une grande partie de sa vie à Barbizon, dans la plaine, à observer et peindre la vie paysanne.
Figure majeure de l’école de Barbizon et pionnier de la peinture réaliste, il est surtout connu pour L’Angélus et Les Glaneuses. Mais Bergère avec son troupeau, présentée au Salon de 1864, fut dès sa création saluée comme un chef-d’œuvre. « Il était déjà caractérisé de tableau exquis à l’époque », rappelle Géraldine Chopin, directrice du musée du Gévaudan.
Une œuvre à regarder de près
Le tableau, d’environ 100 centimètres sur 80, frappe d’abord par sa palette. Des tons en camaïeu, subtils, presque sourds, rehaussés d’une seule touche de couleur : le petit capuchon rouge de la bergère, qui concentre immédiatement le regard. La jeune fille ne regarde pas son troupeau. Elle tricote, absorbée dans son geste. Son visage, comme souvent chez Millet, est peu caractérisé, presque universel. Ce qui compte, c’est la posture, la lumière, la présence.
Barbara Demontoy, médiatrice culturelle au musée, invite les visiteurs à regarder aussi vers le bas du tableau. Dans l’herbe du premier plan, Millet a peint avec une précision botanique des pissenlits, des herbes de plaine, modestes et pourtant traités avec une finesse remarquable. Au fond, on distingue une charrette de foin tirée par un attelage, des lignes de parcelles qui dessinent une perspective douce vers l’horizon. Tout, dans cette œuvre, contribue à cette impression de paix et de contemplation que Géraldine Chopin décrit ainsi : « Beaucoup de douceur, un côté méditatif assez fort. »
Une programmation construite autour du pastoralisme
Ce prêt n’est pas isolé. Il s’intègre dans une programmation annuelle que le musée du Gévaudan a entièrement construite autour de l’année internationale de l’agro-pastoralisme, décrétée par l’UNESCO. Une thématique qui résonne fortement en Lozère, où le pastoralisme reste une réalité vivante. Plus tard dans l’année, le musée accueillera également la série rurale de Raymond Depardon, en partenariat avec le musée Fabre, qui fera elle-même écho au bicentenaire de la photographie célébré en 2026-2027.
Le tableau est visible dans la dernière salle du parcours permanent, aux côtés des œuvres de Victorin Galière et de Jeanne Bourrillon-Tournay. Une brochure d’accompagnement est disponible sur place. Un médiateur est présent dans la salle aux heures d’ouverture.
Bergère avec son troupeau, Jean-François Millet — musée du Gévaudan, Mende. Du 28 mars au 30 août 2026.
