RN88 : quatre scénarios, des millions d’euros et des habitants qui s’interrogent

Une concertation publique est en cours jusqu’au 12 juillet sur l’aménagement de la nationale 88 entre l’A75 et Barjac. Quatre tracés sont sur la table, avec des coûts et des impacts très différents. Élus, agriculteurs et services de l’État n’ont pas tous les mêmes priorités.
Quatre tracés, des coûts qui vont du simple au septuple
L’État a lancé le 1er juin une concertation préalable pour aménager les 16 kilomètres de RN88 qui séparent l’échangeur de l’A75, au Romardiès, de Barjac. Quatre scénarios sont soumis au public. Le premier, dit « aménagement sur place », consiste à réaménager la nationale actuelle : dénivellation de trois passages à niveau, sécurisation de neuf carrefours, création d’un créneau de dépassement. Coût estimé : 65 millions d’euros. Viennent ensuite deux tracés au nord, empruntant la vallée de la Jordane, pour 110 à 140 millions d’euros selon la variante. Enfin, un tracé sud, contournant notamment le village d’Esclanèdes, est estimé entre 350 et 425 millions d’euros. Pour Christophe Gamet, directeur adjoint des transports à la DREAL Occitanie, c’est désormais au public de se prononcer : « C’est l’ensemble des arguments développés par le public qui va nous permettre d’apprécier quelles sont leurs attentes et la meilleure réponse à ces attentes. »
Un éleveur lozérien dans la ligne de mire des tracés nord
À Pradassoux, sur la commune de Palhers, Samuel Solignac élève 500 chèvres laitières biologiques avec son frère et son neveu. Deux des quatre scénarios passeraient à une centaine de mètres de son exploitation. L’éleveur ne cache pas son inquiétude : une soixantaine de ses hectares de cultures fourragères seraient impactés, ses parcelles découpées, et les accès pour ses animaux rendus plus compliqués. Mais au-delà de l’aspect agricole, c’est le bilan coût-bénéfice qui l’interpelle. « On parle de gagner quatre minutes par rapport au trajet actuel réaménagé. J’ai du mal à voir l’intérêt pour qui que ce soit », lâche-t-il, rappelant que le territoire lozérien est aussi une zone Natura 2000 et un espace de grande randonnée. À ces inquiétudes s’en ajoutent d’autres, portées par certains habitants de Cultures : les tracés nord traverseraient un terrain géologiquement instable, dont le sous-sol abrite la nappe phréatique qui alimente en eau le village et ses hameaux. Des constructions dans ce secteur pourraient, selon eux, déstabiliser ces sous-sols et menacer cette ressource vitale.
Mende mise sur le tracé le moins cher et regarde au-delà
Pour le maire de Mende, Patrice Saint-Léger, la position est claire : les tracés les plus ambitieux sont « faramineux » et l’État ne semble pas en mesure d’y répondre. La ville se prononce donc pour le scénario a minima, tout en réclamant un traitement des points noirs les plus sensibles, notamment la traversée du Bruel et les passages à niveau. Mais pour l’élu, le vrai enjeu lozérien est ailleurs : « La priorité, elle est sur la déviation de Mende et de Langogne. Une fois qu’on aura acquis ces deux avancées, on aura résolu une partie du problème de la 88 en Lozère. » Une ambition de long terme, tempérée par un constat amer : « Tout cela va prendre un temps fou, un argent fou. On aura manqué de beaucoup d’occasions. »
Et maintenant ?
La concertation se poursuit jusqu’au 12 juillet 2026. Une réunion publique de mi-parcours est prévue le 24 juin à Barjac. À l’issue de la concertation, la garante désignée par la Commission Nationale du Débat Public disposera d’un mois pour établir son bilan. L’État aura ensuite deux mois pour préciser les suites envisagées. Si un tracé est retenu, il faudra encore compter deux à trois ans d’études, puis les procédures environnementales, avant le moindre coup de pelleteuse.
Ludovic Terol
