Le voyage radiophonique / De Dunkerque à Calais : la frontière de la honte

De Dunkerque à Calais : la frontière de la honte
Un documentaire d’Alexandre Héraud et Vincent Decque
France – 2025
Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, à Grand-Fort-Philippe, une frontière est franchie. Des militants de l’UKIP, l’extrême droite britannique, débarquent sur le sable français pour filmer leur propre « chasse aux migrants ». Drapeaux plantés, slogans hurlés, caméras allumées : ils harcèlent les exilés et les bénévoles pour alimenter leurs réseaux sociaux. Cette intrusion, transformant nos rivages en décor de propagande, provoque un choc national.
Sony Clinquart, maire de la commune, dénonce une montée de la violence sur un territoire « au bord de l’explosion ». Au-delà du fait divers, ces images révèlent une mutation profonde : l’extrême droite européenne ne connaît plus de frontières. Le programme ultra-nationaliste britannique s’exporte sur le sol français, saturant l’espace de récits guerriers identiques à ceux de l’extrême droite hexagonale.
C’est le point de départ d’une enquête sur les 70 kilomètres de littoral séparant Dunkerque de Calais. Ici se fabrique une frontière multiple : humanitaire, policière, géopolitique et désormais idéologique. Près de 2 500 exilés tentent d’y survivre, traqués et invisibilisés, mais soutenus par un maillage serré d’ONG.
À Grande-Synthe, les équipes d’Utopia 56 préparent la maraude dans l’urgence. Céleste Pichaud et Félicie Penneron racontent les nuits à colmater la détresse, les violences racistes et la lassitude face aux drames en mer. Sur les plages glacées, les scènes s’enchaînent : des familles épuisées, les drones de Frontex en surveillance constante, et des CRS en rotation. Chaque matin, les communiqués officiels égrainent les chiffres : des centaines de traversées tentées, des dizaines de sauvetages, et toujours ce paradoxe d’un État qui invoque la sécurité en mer tout en laissant perdurer l’indigne sur terre.
À Calais, l’Auberge des migrants et la Maison Sésame font office de hubs humanitaires pour pallier l’absence d’action publique. Sylvie de Jonquière y évoque cette mère et ses six enfants ayant tenté vingt fois la traversée. Claire Millot (Salam) constate l’usure de vingt ans de lutte dans un système qui tolère la distribution de nourriture mais refuse tout « appel d’air ». Le documentaire se clôt sur le constat du député Damien Carême : une Europe qui organise la violence et l’abandon plutôt que la protection. Entre Dunkerque et Calais, la Manche n’est plus un détroit, c’est une frontière qui brûle.
Un documentaire produit par Blast pour la collection Pagaille
