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Sur les traces d’Aquilino Garcia, le résistant qui portait son nom

Metteur en scène de la Compagnie du Lézard, David Garcia publie Aquilino Garcia, enquête et témoignage, co-écrit avec l’auteur lozérien Fabrice Léonard. Le livre raconte la genèse de sa pièce Aquilino Garcia, la promesse du papillon bleu : une enquête de plus d’un an sur un résistant espagnol oublié, partie d’un monument aux morts et d’un nom de famille troublant. Rencontre avec l’auteur, à quelques heures de la dédicace prévue ce mercredi 16 septembre à 18h à la librairie La Livreraie à Mende.

Un nom comme un signal

Tout commence il y a trois ans, par des recherches sur un résistant du maquis Bir-Hakeim. David Garcia pense alors tenir la piste de l’un des deux inconnus du monument de La Tourette, à Badaroux. « À la Tourette, il y a deux inconnus et non un comme marqué sur le monument », précise-t-il. Un nom finit par émerger : Aquilino Garcia.

Le metteur en scène y voit aussitôt un signe. « Garcia, c’est mon nom de famille, je suis petit-fils de guérillero, puisque mon grand-père était membre du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), il a fait la Retirada, il est arrivé en France en 1939. » Et le prénom achève de le convaincre : « Aquí, ici, Lino… et mon fils s’appelle Lino. Donc j’ai dit : oula, lui, il me parle, il m’intéresse. »

Le résistant a bel et bien existé : membre de la 15e brigade FTP dans les Cévennes, il conduira l’auteur jusqu’à l’écriture d’une pièce de théâtre, jouée à de nombreuses reprises. Le livre, lui, raconte tout ce qui a précédé.

Une enquête partie d’une bière

Pas de protocole d’historien à l’origine du projet, mais une conversation entre amis. « Je suis parti de chez moi, autour d’une bière, on s’est dit : tiens, on va aller faire un tour au monument de la Tourette. »

Suivront les archives, le monument de La Tourette à Badaroux, les témoins encore sensibles à cette période, et jusqu’aux Pyrénées-Orientales, où un site recense les Espagnols passés par les camps en 1939. Avec, partout, la même difficulté : « Il y a très peu d’informations sur ce gars, très très peu. J’ai eu beau creuser à droite, à gauche, j’ai trouvé un peu de ci, un peu de ça, j’ai pensé avoir des photos, et puis non. »

L’auteur revendique une méthode paradoxale, entre rigueur et étrangeté : « J’ai essayé de l’aborder de manière très pragmatique et très mathématique pour essayer de trouver qui se cachait derrière cet Aquilino Garcia. » Mais l’enquête, dit-il, l’a dépassé : « Elle m’a beaucoup bouleversé intérieurement », « elle m’a percuté, elle m’a vraiment changé en profondeur. » Le mot qui revient est celui de synchronicité. « Il y a eu des moments où je me suis dit : mais qu’est-ce qui se passe, là ? Quand je racontais ça aux gens, on me disait : mais toi, tu y crois ? Je dis : je te raconte juste ce qui s’est passé. Après, libre à chacun de faire ses interprétations personnelles. »

Le livre, insiste-t-il, n’est pas un travail d’historien : « Ce n’est pas du tout un document historique, ça n’a pas vocation, c’est simplement un témoignage. » Tout ce qui y est écrit a eu lieu.

Une collaboration avec Fabrice Léonard

Auteur de théâtre, David Garcia n’avait jamais écrit de livre. « Dans le théâtre, on est vraiment dans le langage direct, on n’est pas forcément dans la description, la narration. » D’où l’appel à Fabrice Léonard, auteur lozérien.

Le mode de travail est simple : l’enquêteur avait tout consigné, étape après étape, sur des fiches. « Il a repris les fiches, il a repris la structure narrative, et après il a tout réécrit. » Un an de travail à deux, « une collaboration vraiment, vraiment chouette », et une première pour le metteur en scène. À la fin de l’ouvrage, le lecteur retrouve l’intégralité des textes de la pièce.

« Ne pas oublier ces guerrilleros »

Commencée en juillet 2022, l’histoire se referme dans le livre à l’automne 2023 — sans vraiment se refermer : « Même là, à la sortie du livre, il y a encore des choses qui se déclenchent par rapport à certains éléments du puzzle qui nous manquent. »

Reste la dédicace du livre, à trois générations : « Je le dédie à mon fils, parce qu’il faut transmettre. Mais également à mon père et mon grand-père, qui ont été marqués par la guerre d’Espagne. » Et un écho assumé à l’actualité. Pour ce travail, l’auteur s’est rapproché d’une association de mémoire de l’exil et de la République espagnole, rencontre « improbable » avec une certaine Claudine, qu’il tient à saluer.

Sa conclusion tient en une phrase : « Ces républicains qui ont continué la lutte en France ont permis qu’on puisse vivre dans un pays libre et démocratique, et parfois, ils ont été oubliés. Tous ces guérilleros, il ne faut surtout pas les oublier. »

En pratique. Aquilino Garcia, enquête et témoignage, de David Garcia et Fabrice Léonard. Dédicace et vente mercredi 16 septembre, de 18 h à 20 h, à La Livreraie de Mende.

Ludovic Terol

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