Secours populaire en Lozère : toujours plus de personnes aidées, pas assez de bénévoles

Précarité en hausse, budget contraint, équipes vieillissantes : la fédération départementale lance un appel pour recruter des bénévoles et éviter la fermeture de certaines permanences.
Une pauvreté plus forte qu’au niveau national, une double peine en milieu rural
« Il y a de plus en plus de gens à aider au Secours populaire. C’est malheureusement la dure réalité de ce que vivent au quotidien les bénévoles », constate Jean-Pierre Kircher, secrétaire général de la fédération du Secours populaire en Lozère. Le taux de pauvreté du département avoisine 15 %, contre environ 14,9 % au niveau national. Dans les Cévennes, il atteint à peu près 22 %. « On a tendance à croire que la Lozère est un peu à l’extérieur de ce qui se passe au niveau national, pas du tout », insiste-t-il.
Le profil des personnes accueillies reflète la ruralité lozérienne : 55 % sont des personnes seules et environ 15 % des familles monoparentales. « Quand on est seul avec un petit salaire, ça devient de plus en plus difficile de subvenir à l’ensemble de ses besoins. Il y a un grand nombre de Français qui se privent parce qu’ils n’ont pas les moyens », explique-t-il.
L’habitat dispersé complique le quotidien des personnes aidées comme le travail des bénévoles. « Les gens vivent dans des hameaux, ont des problèmes de mobilité. Quand on voit le prix du carburant aujourd’hui, on peut comprendre que ce soit prohibitif de se déplacer, certains n’ont pas de véhicule », décrit Jean-Pierre Kircher. « C’est un peu, dans ce département, la double peine : une augmentation du nombre de personnes accueillies, mais aussi toutes ces conditions qui compliquent le travail des bénévoles. » S’y ajoutent les travailleurs pauvres et les agriculteurs retraités, aux revenus très bas.
Le Secours populaire est reconnu pour l’aide alimentaire, mais « pour nous, ce n’est qu’une porte d’entrée ». Une fois le contact pris, un accompagnement peut être mis en place pour accéder aux loisirs, au sport, à la culture et aux vacances. L’objectif : que les personnes « retrouvent l’estime de soi » et « restent des citoyens à part entière ».
Des moyens qui n’augmentent pas, un risque de fermeture de permanences
Pour répondre à ces besoins, la fédération compte 96 bénévoles répartis dans huit structures et 240 donateurs. « Ce n’est pas encore suffisant », reconnaît le secrétaire général. Les financements sont stables, mais « l’inflation nous a impactés, le coût de l’énergie nous a impactés, aujourd’hui le coût des carburants nous impacte ». La stabilité des subventions fait que l’inflation n’y est pas répercutée. Répondre aux appels à projets représente aussi « en termes d’ingénierie, un gros boulot ». Selon lui, cette situation « met en danger un grand nombre d’associations au niveau national ».
Beaucoup de bénévoles sont retraités et commencent à être âgés. « Si on ne trouve pas de nouveaux bénévoles pour venir compléter nos équipes, il y a un risque qu’on soit obligé de fermer une permanence par manque de bénévoles », prévient Jean-Pierre Kircher. Il rappelle que les bénévoles sont aussi des collecteurs, qui organisent des initiatives pour trouver des ressources. Il insiste sur le rôle du monde associatif dans le lien social : « Si certaines associations disparaissent dans nos hameaux, dans nos villages, c’est la dévitalisation qui va se prolonger. »
Pourquoi devenir bénévole, et les 50 ans du Père Noël vert
À ceux qui hésiteraient à donner quelques heures par semaine, il répond : « C’est rejoindre une équipe, c’est donner un peu de temps pour permettre à d’autres de subvenir à leurs besoins. C’est faire preuve de citoyenneté, parce que c’est se préoccuper de l’autre. » Il ajoute : « Plutôt que de rester devant ma télé, je vais avoir un rôle social, et c’est ça qui est important. »
À l’approche de Noël, l’association prépare l’opération des Pères Noël verts, qui fêtent cette année leurs 50 ans. Des braderies seront organisées dans le département afin de « donner un peu de bonheur aux enfants que nous accueillons » pendant une période parfois délicate.
