56 degrés sur le bitume : la Lozère cherche comment rafraîchir ses cours d’école

En Lozère, une vingtaine d’établissements scolaires repensent leur cour avec le REEL-CPIE et le CAUE. Moins de goudron, plus d’arbres, de copeaux et de fraîcheur. Dans la cour des Solelhons à Mende, le thermomètre affichait ce mercredi à 14h, près de 56 degrés au sol — là où jouent habituellement les enfants.
Cinquante-cinq virgule sept degrés. C’est la température relevée ce mercredi au ras du bitume dans la cour de l’école maternelle des Solelhons, à Mende. Silvia Huelves, architecte-conseil au CAUE de la Lozère, pose le thermomètre et laisse le chiffre parler. « On peut se faire une idée du confort que l’on peut avoir à jouer sur une surface comme ça », dit-elle sobrement. Avec des copeaux de bois à la place du goudron, l’écart pourrait atteindre vingt degrés. Elle le sait : elle le mesure depuis des années, maquette en main, avec des élèves.
Un projet coordonné par le REEL-CPIE
Depuis 2022, le Réseau d’éducation à l’environnement – CPIE de Lozère coordonne un projet de cours Oasis dans douze écoles et un collège du département, avec le Jardin de Cocagne, le foyer rural Les P’tits Cailloux, l’Alepe et le CAUE. L’idée est simple : transformer des cours souvent entièrement goudronnées en espaces plus agréables, plus vivants, mieux adaptés aux enfants et aux enjeux climatiques. « La première cours d’école avec laquelle on a travaillé, c’était en 2019 », rappelle Silvia Huelves. « On met les enfants au cœur des projets, et on se base sur l’expérience de l’ensemble des usagers de ces lieux. »
Chaque école bénéficie de sept à dix séances associant élèves, enseignants, élus et agents techniques. La démarche débouche sur une fiche-conseil comprenant plusieurs scénarios d’aménagement et une palette végétale adaptée au climat lozérien. Ce sont les enfants eux-mêmes qui présentent les propositions aux municipalités.

Désimperméabiliser pour rafraîchir
Sur la vingtaine d’écoles accompagnées, cinq ou six ont engagé des travaux concrets. À Sainte-Enimie, une partie du bitume a été remplacée par des copeaux de bois — perméables, frais, et moins exigeants qu’une pelouse. Nicolas Vignau, paysagiste au CAUE, explique la logique : « L’idée, ce n’est pas forcément d’enlever tout le bitume. On vient plutôt en soustraction — enlever les zones qui n’étaient pas forcément nécessaires, des zones de jeu, des zones à l’ombre pour faire école dehors, les pieds de façade. On garde des espaces d’accès et de mobilité. »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À Langogne, lors de l’été 2024, les mesures ont révélé entre dix et vingt degrés d’écart entre un sol enherbé et une voirie en enrobé. Et jusqu’à vingt-cinq degrés entre l’ombre d’un arbre et une surface goudronnée en plein soleil. « Un enrobé clair plutôt que noir, c’est déjà six à dix degrés gagnés au même endroit », précise Nicolas Vignau.
L’arbre, meilleur climatiseur de la cour
L’arbre reste la solution phare. À condition de le choisir au bon endroit et de ne pas le contraindre par une taille excessive. « Un arbre a un potentiel d’ombrage si on lui laisse s’exprimer dans son développement au plus naturel », souligne Nicolas Vignau. « Les feuillus apportent de l’ombre en été quand on en a besoin, et laissent passer la lumière pour l’intérieur des bâtiments en hiver. » Il ajoute, avec une pointe d’ironie : « L’arbre est un super climatiseur — alors qu’on voit des climatiseurs installés dans les écoles, on est là sur une solution naturelle et durable. »
Des pergolas, treillis ou plantes grimpantes peuvent compléter le dispositif là où la place manque pour planter. L’essentiel, selon Silvia Huelves, est d’« arriver à créer une pré-programmation au plus près des besoins réels des usagers » — enfants comme agents d’entretien.

Des chantiers qui peinent à suivre
Reste l’obstacle des travaux. Le CAUE intervient uniquement en conseil et en concertation ; la maîtrise d’œuvre appartient aux communes. « C’est là qu’on peut trouver plus de difficultés, ou que la démarche peut prendre plus de temps », reconnaît Silvia Huelves. Certaines écoles doivent d’abord achever des travaux de rénovation énergétique à l’intérieur des bâtiments avant de s’attaquer à la cour — le passage des camions de chantier abîmerait les nouvelles surfaces extérieures. Des chantiers de préfiguration ont cependant permis de poser une première pierre : nichoirs fabriqués par les parents au Buisson, bacs de plantes aromatiques à Montrodat.
Alors que treize départements de l’ouest de la France sont placés en vigilance orange canicule ce mercredi, et que la saison des grandes chaleurs s’installe de plus en plus tôt, la question ne semble plus être de savoir s’il faut transformer les cours d’école, mais à quel rythme.
Ludovic Terol
A l’école de Sainte-énime les travaux ont réalisés par Cévennes Evasion et Hermabessière Paysage et à l’école de Saint-Etienne Vallée Française par Les Jeunes Pousses et Cévennes Evasion.
